Je suis ici, il est là-bas…
Seule, enroulée dans mes draps, mes pensées ne restents pas enfermées entre ces quatres murs. Non, elle vont vers les sommets, là où les nuages se posent. Elle sont auprès de lui.
Est-il au pied de l’immensité qui le séduit tant ? A-t-il commencé l’ascension de ce mont sans fin qui l’attire tellement ? Je n’en sais rien.
J’imagine. Car c’est tout ce que je peux faire, en ce moment. L’imagination, un don des dieux qui m’a été offert à la naissance. Un don que j’exploite un peu plus chaque jour. Mon imagination se fait plus profonde, plus belle, plus lumineuse ou plus sombre, plus dense, plus acessible pour moi, intouchable pour les autres…
L’imagination, tout ce qu’il me reste. Condamnée à rester enfermée entre les quatres murs colorés de cette chambre. Condamnée à le regarder s’en aller, toujours plus haut, toujours plus loin. A me ronger les ongles jusqu’au sang pour lui, téméraire sans peur et sans reproche.
A quoi pense-t-il, maintenant ?
Je n’en sais rien. Et je ne le saurais jamais. J’aurais tant voulu changé de point de vue, une fois dans ma vie. Changement de narrateur, je pénètre dans ses pensées, lui dans les miennes. Tout savoir, tout. Pour l’aimer encore plus.
Mais il est trop tard. C’est la fin. Ma poitrine me fait mal, et je suis devant cette feuille désormais noircie de mon écriture.
A quoi pensera-t-il, à ce moment là ?
Il ne pourra jamais me le dire. Cela restera un mystère. Alors je l’imagines. Il rentrera dans la maison, clamera haut et fort qu’il de retour, un sourire rayonnant accroché à ses lèvres. Il enlèvera précipitament sa veste, et ses chaussures. Fera couler du café chaud dans deux tasses, l’une verte, l’autre rouge. Il montera les marches deux à deux, prenant soin de ne pas faire tomber les boissons. Il pénètrera dans la chambre, en riant. Me verra les yeux fermé, allongée dans cet éternel lit. Il pensera que je dors, alors il s’approchera et déposera un baiser sur mes lèvres. Mes lèvres seront-elles froides à ce moment là ? Je pense que oui. Mes yeux ne s’ouvriront pas, mon sourire ne naîtra pas sur mes lèvres. J’imagine qu’il posera sa tête sur ma poitrine, paniquant intèrieurement. Il n’entendra pas mon cœur. Ni mon pouls. Ni quoi que ce soit d’autre. Est-ce qu’il brisera les tasses de café chaud ? Est-ce qu’il pleurera ? Est-ce qu’il regrettera de s’être absenté ? Non, je ne veux pas qu’il regrette. Peut-être tremblera-t-il, à moins qu’il soit paralysé par la tristesse ? Il découvrira ce papier noirci d’encre. Le saisira, le lira en vitesse. Répondra à mes questions, peut-être à haute voix, je ne sais pas.
J’espère que mes mots ne le rendront pas encore plus triste. Parce que je l’aime, à la folie, passionnément… Peut-être que mon cœur lâche par ce trop plein d’amour ? Parce qu’il est jaloux ?
Je ne dirai pas adieu, parce que je ne crois pas en dieu. Alors je dis « A bientôt ». Parce qu’il me rejoindra un jour ou l’autre. Peut-être parce qu’il aura pris trop de risques dans un de ses nombreux periples. Peut-être naturellement.
A bientôt. Je t’aime.
Lettre d’adieu, non, d’au revoir, trouvée au fin fond d’un coffre.
D’autres lettres et carnets accompagnaenit celle-çi. Des carnets de voyages, beaucoup.
Racontant des périples passionnant, dangereux, envoutant.
Des bloc-notes, remplies du fruit de l’imagination d’une jeune femme amoureuse.
Des lettres, nombreuses, jamais signées. Mais on reconnaît deux écritures distinctes. Certaines, dans des enveloppes, ont été expédiées, lues et relues.
D’autres n’ont jamais connu le cachet de la poste. Des correspondances avec soi-mêmet. Mais que l’autre à lu, sans aucun doute.
Aucune photo, aucun nom. Un coffre en bois, jamais peint, jamais verni.



